ACTIVITÉS

L’eau qui dort…?

Pas tant que cela ! Nous savons l’importance actuelle des problèmes liés à l’eau et les enjeux soulevés à l’échelle internationale. Au plus près, nous avons pris conscience de l’importance du sujet. L’approvisionnement en eau, cette ressource renouvelable mais souvent limitée et fragile est l’objet de débats fréquents ici comme ailleurs. La Basse Ardèche par ses données climatiques et géophysiques y est très sensible. Son climat méditerranéen, le relief karstique mais aussi la multiplication des usages de l’eau liée à la croissance démographique et touristique créent un véritable problème. Manquerons-nous d’eau comme nous le font craindre les restrictions imposées pour certains usages lors des pics saisonniers ?

Chemin dallé pour récupérer l’eau dans la pente

Que nous apprend notre territoire labeaumois où l’on a toujours su qu’il s’agissait d’un bien rare plusieurs mois de l’année ? « Aici, l’aïga es d’aur » rappelait la revue Mémoire d’Ardèche et Temps Présent en 1987. La distribution de l’eau potable à partir de 1960        a pu faire oublier à nombre d’entre nous les soucis et les gestes d’une économie domestique et agricole où la collecte et la gestion de l’eau influaient sur la vie quotidienne et sociale. Les pratiques ancestrales ont laissé de précieuses traces dans l’habitat et le paysage. Beaucoup de foyers labeaumois dans les hameaux et les écarts se servent encore des réserves d’eau pluviale (point de sources sur le plateau ni de ruisseaux et la nappe phréatique est très profonde). D’autres régions proches en Provence et Languedoc ont connu ces défis. Dans les monts du Vaucluse et le Lubéron, dès les origines de la vie rurale on a construit des ouvrages hydrauliques comparables aux nôtres. L’association Dolmen et Patrimoine et la Société de  Sauvegarde des Monuments anciens de l’Ardèche ont travaillé à nous faire mieux connaître les richesses locales dans ce domaine.

 

Les objectifs et les pratiques hydrauliques

Caniveau de récupération à l’aplomb d’un toit

Recueillir les eaux

  • Issues du ruissellement de l’eau pluviale sur les toitures à partir des gouttières et de rigoles.
  • Sur les dalles rocheuses inclinées ou le long de chemins dallés qu’on désigne généralement sous le nom d’impluvium. Ils sont façonnés de caniveaux, rigoles ou gandoles.
  • Au fond de veines profondes (bioules) entre les rochers (failles et diaclases karstiques) que l’argile rend imperméables et que l’on aménage, taille, maçonne à façon. L’aiguier qui en résulte pouvait se situer à l’extérieur ou sous les maisons. Il pouvait être recouvert d’une voûte clavée ou en encorbellement ou d’une simple dalle  de couverture.
  • En taillant des cuves ou des bassins en partie construits et parfois protégés de murs en pierre sèche à proximité des jardins que l’on souhaitait  arroser.
Chemin dallé pour récupérer l’eau dans la pente

Distribuer l’eau selon les besoins

Certains mas disposaient de plusieurs citernes pour les usages domestiques, les jardins et l’élevage. Des cuves étaient aussi nécessaires pour les travaux de la vinification. Au mas dit du « zouavette » Paul Chalivet estime l’ensemble des réserves à environ 100m3. Les maisons moins prospères ou moins consommatrices puisaient sur un seul aiguier. Tous faisaient de l’eau un usage sagement économe que nos mœurs actuelles ont du mal à imaginer !

On puisait directement dans les puits-citernes recouverts d’une « chapelle » protégée d’un volet.

Récupérer les eaux infiltrées

Citerne en partie couverte dans une bioule

Les sources jaillissant à flanc ou en pied de falaise servaient à arroser les jardins suspendus que des associations ou des particuliers ont sauvés de la ruine tels ceux du Récatadou ou celui de la famille Allard.

Le village était approvisionné par la source de la fontaine, puis par la fontaine du Sablas. Les jardins jouxtant le lit majeur de la Beaume pompaient dans la nappe de rivière.

Source captée et accès de jardin suspendu
Puits chapelle et pompe de relais

Dans les aiguiers découverts et les jardins de rivière, on tirait l’eau avec un seau, une pompe (manuelle puis électrique) ou parfois une  manlève,  instrument à balancier dont il ne nous reste que de rares vestiges. L’arrosage des jardins se faisait aussi (et peut encore se pratiquer) à partir des gourgues remplies grâce aux petits canaux, rigoles et goulottes formant damier dans les parcelles cultivées.

Gourgues en état de fonctionnement

La distribution domestique se faisait d’abord avec un seau puis une pompe ; parfois on remplissait un réservoir situé sous les combles (une bâche) ce qui permettait par gravité d’alimenter des éviers dans la maison. Cette « modernisation » a pu se répandre grâce à des pompes électriques.

Dans le village, on pouvait utiliser des citernes toutes proches : celle de l’école libre donnait lieu à servitude pour des maisons voisines. D’autres étaient installées sous le niveau habité ce qui permettait de puiser à partir de la cuisine (cas du logement de l’école publique). Pour la plupart, y compris le boulanger, l’eau venait de la fontaine et imposait de nombreuses « corvées ». Certains d’entre nous n’ont pas oublié les silhouettes d’enfants ou de vieillards cheminant dans les ruelles avec de lourds arrosoirs.

La gestion soigneuse de ces systèmes nécessitait de nombreuses tâches d’entretien comme balayer la « tombée » de citerne avant les pluies ce qu’assuraient souvent les enfants. Il fallait nettoyer les rigoles, les grilles et les filtres des puisards, vérifier les trop-pleins. Enlever les feuilles des gouttières, caniveaux et des  conques (conchis), petites vasques creusées souvent à même le rocher qui pouvaient servir d’auges à décanter  ou d’abreuvoirs éventuels.

Aiguier : impluvium et bassin de récupération

Un puits citerne commun à deux maisons

Descendait-on souvent dans les citernes ? Il semble que non mais cela pouvait se produire pour secourir un animal ou réparer une paroi dans une citerne asséchée.

Ces systèmes avaient l’avantage d’être individuels en général mais ils pouvaient être partagés entre plusieurs maisons.

On imagine la concurrence et les conflits qui pouvaient en résulter. Ils éveillaient aussi des solidarités en période de pénurie à la fin de l’été, période où il arrivait encore il y peu qu’on fasse remplir des citernes vides par des camions de livraison.

Michel  Rouvière citait dans son article sur les usages traditionnels de l’eau en Ardèche méridionale, une consommation moyenne par personne et par jour d’un arrosoir soit l’équivalent d’un tirage de chasse d’eau actuelle ! Aussi l’économie était de rigueur : eaux pour le rinçage des aliments et  la toilette récupérées pour les fleurs, rinçage à la rivière du linge lavé à la maison, trop plein des citernes dirigé sur les cuves de la vinification.

Quelles leçons en tirer aujourd’hui ?

Tant la croissance des besoins individuels et collectifs que l’augmentation des coûts de distribution doivent attirer notre attention sur ces pratiques que certains n’ont pas totalement abandonnées.

Au bois St Martin, un puits et un jardin en usage

Jean Pascal, président du Syndicat des Eaux de Basse Ardèche (SEBA) signalait dans la revue Mémoire d’Ardèche et Temps Présent (2006) que le XXIe siècle est celui du « combat pour l’eau potable » et que l’eau est redevenue un « véritable objet politique »multipliant les « risques de conflits d’usage ». Il évoque entre autres solutions le développement du « multi-usage des réserves existantes ou à créer ».

Puisque nous disposons encore souvent de divers systèmes traditionnels de stockage des eaux pluviales, on peut les réactiver pour des usages tels que l’arrosage ou les piscines. Elles compensent les restrictions de consommation en eau des réseaux de distribution collective (et allègent les factures). Sans oublier la réserve éventuelle de sécurité en cas d’incendie. On peut aussi créer de nouvelles cuves à condition de se conformer aux règles d’urbanisme.

Les politiques publiques et les instances chargées de l’approvisionnement collectif considèrent aujourd’hui avec intérêt la récupération de l’eau pluviale à des fins de consommation individuelle. Ainsi, de la collecte des eaux de pluie des toitures pour usages domestiques extérieurs. A ce sujet un arrêté a été publié au Journal Officiel le 29 Août 2008. Pour prévenir tout risque sanitaire il précise et réglemente les conditions d’installation : pose d’un réseau différent de celui de l’eau potable, marquage des tuyaux et robinets venant de l’eau pluviale, pas de robinet de ce type dans les pièces d’habitation desservies par « l’eau de ville »…. Mais n’est-ce pas un problème de bon sens ?

La taille d’une gourgue : une véritable œuvre d’art

De nombreuses études sur l’eau sont consultables : elles encouragent aussi à le faire et démontrent que si l’eau de pluie n’est pas, selon les normes actuelles d’une qualité suffisante pour la boisson ni même en principe la douche, elle convient parfaitement à d’autres utilisations.

On peut se référer à une étude faite dans le cadre de l’Université Montpellier II : « Pour le nettoyage de la voiture, l’entretien du jardin et la chasse des toilettes, l’eau ne nécessite pas une qualité irréprochable… Pour les usages plus directement liés à l’utilisateur une qualité supérieure est souhaitable. » Des matériels  utiles à la réalisation optimale d’un approvisionnement en eau pluviale sont présentés et comparés sur le site de l’Office International de l’Eau. Les services et conseils des entreprises artisanales locales sont précieux. On peut aussi consulter des sites de fabricants et distributeurs spécialisés.

Comparons aussi nos propres expériences car l’intérêt individuel rejoint l’intérêt général dans le but de favoriser un développement durable. Pourquoi les communes ne seraient-elles pas le lieu de ces échanges interactifs ?

Canalisation en entrée de citerne
Jardin suspendu sur la Beaume

Merci à Marie-Hélène Balazuc, Noëlle Chazaly et Olivier Soulas pour leur aide, ainsi qu’à tous ceux qui ont apporté leur témoignage, et aux propriétaires labeaumois des sites sur lesquels les photos ont pu être prises : mesdames et messieurs Allard, Chazaly, Chavent, Chalivet,  Josephine, Jouve.

Les ouvrages consultés sont les suivants : Marie Hélène Balazuc, Mémoire de soie 1992 ; Michel Rouvière, L’architecture rurale en Bas Vivarais, Cahiers de terre de lumière 1986 ; L’eau en Ardèche, Mémoire d’Ardèche et Temps Présent n°90, 2006 ; Jean PascalEn Sud Ardèche le combat pour l’eau est relancé, article publié dans MATP 2006.

Les sites Internet de référence sont ceux de  la Société de Sauvegarde des Monuments anciens de l’Ardèche sur lesquels on retrouve la publication des travaux de Dolmen et Patrimoine (www.patrimoine-ardeche.com) et celui de l’Office International de l’Eau (www.oieau.org) qui renvoie à de nombreux travaux sur le sujet.

ACTIONS

Opération la Baume propre 2018

COMPTE-RENDU DE LA JOURNÉE DU 15 SEPTEMBRE

A-t-elle jamais été vraiment sale, notre belle rivière ? Depuis la fin des années 1980 même dans les moments où on la sollicitait trop, malgré la croissance considérable de la fréquentation touristique, elle est restée l’un des cours d’eau les mieux notés du Sud Ardèche, et cela encore aujourd’hui, sauf lors de gros orages qui incitent certains utilisateurs amont à vidanger un peu vite leurs fosses, ou lorsque certaines stations d’épuration sont défaillantes…

Notre association , ces dernières années, a voulu participer au maintien de ce bon état en organisant annuellement , chaque fois que cela était possible, une descente en canoé, destinée à ramasser et évacuer les ordures et déchets de toutes sortes que certains des usagers, touristes ou locaux, parfois aidés par les inondations, persistent  bêtement à y abandonner n’importe quoi (pneus, tentes, pièces de moteur, restes de canoés, tambour de machine à laver, et bien sûr, les inévitables cannettes, de verre ou de métal.

La faiblesse du niveau d’eau nous avait interdit l’exercice ces deux dernières années, mais le 15 septembre dernier nous avons décidé de prendre le risque d’avoir à marcher à coté de nos canoés, sur les onze kilomètres environ qui séparent Rosières de Peyroche. Trente-cinq pagayeurs-marcheurs, donc, rassemblés par les associations de la commune, encadrés, transportés et nourris par une bonne dizaine de bénévoles, ont chargé sur les canoés puis dans les bennes municipales, près de 200 kilos de déchets divers, nettoyant au passage les nombreuses plages des mégots, mouchoirs, petits débris qui les enlaidissaient.

Plusieurs réflexions, à la sortie de l’exercice : la Beaume reste globalement propre et belle , mais il faut surveiller de près le maintien de cet objectif. C’est toujours un plaisir de joindre l’utile à l’agréable, dans un paysage merveilleux, une eau fraiche et sous un soleil bienveillant …L’union fait la force, et toutes les associations doivent travailler ensemble pour montrer l’importance qu’elles attachent  à l’état de notre rivière.

C’est également ensemble qu’elles doivent participer à la réflexion et aux discussions sur l’avenir de la Beaume avec le syndicat Ardèche claire et les collectivités concernées: maitrise de la fréquentation, contrôle de la dispersion, définition des équipements et  aménagements nécessaires, relations avec les riverains etc… Dès cet automne, nous nous y attacherons et proposons à tous ceux qui le souhaitent de poursuivre avec nous cet objectif… ; la Beaume propre !

Tract à diffuser

Affichette Opération la Beaume propre 2018

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Canoë sur la Beaume
La Beaume propre

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