D’un point de vue géologique, L’Ardèche est une terre de contrastes qui en font sa richesse.
La commune de Labeaume se situe en Basse Ardèche ou Bas Vivarais, région essentiellement sédimentaire où les affleurements calcaires sont dominants.
Sur le plateau affleurent des terrains d’âge jurassique (- 205 à – 135 millions d’années) caractérisés par une série marno-calcaire, avec des couches carbonatées de quelques décimètres alternant avec des niveaux marneux ( photo 1). La sédimentation marneuse disparaît peu à peu pour être remplacée (au Kimméridgien) par d’épais bancs calcaires de 0,8 à 1 m d’épaisseur ( photo 2). Le rocher de Sampzon, qui fait face au plateau de Labeaume, permet d’observer cette alternance de couches. Leur résistance différente à l’érosion est typique d’un relief dit de cuesta, le rocher de Sampzon étant alors considéré comme une butte témoin, avec au sommet les épais bancs calcaires formant une table ( photo 3).
Les calcaires blancs de Labeaume ( photo 4), compacts, non ruiniformes, à cassure conchoïdale sont l’équivalent des calcaires de Païolive ruiniformes en bancs plus épais.
Ces dépôts marins calcaires riches en Ammonites ( photo 5) sont creusés par les rivières comme la Beaume et donnent de belles falaises ( photo 6). La partie supérieure des affleurements constitue le substrat des plateaux ou « gras » de cette région ardéchoise.
Les déformations dans les calcaires :
Cette couverture sédimentaire a été légèrement basculée vers l’Est par suite des mouvements tectoniques (liés à la formation des Alpes et des Pyrénées). Les couches sont donc légèrement inclinées ( photo 7).
On peut observer par endroits de modestes failles comme sur la falaise qui fait face à la plage du village de Labeaume. Du fait de la pénétration facilitée des eaux à ce niveau, cette zone est creusée par l’érosion et maintenant envahie par la végétation. De sorte que la faille n’est plus détectable que par le décalage des couches ( photo 8).
Les blocs issus des bancs calcaires montrent des joints stylolithiques ( photos 9 et 10). Ce sont des surfaces irrégulières hérissées de pics de quelques mm à quelques cm et résultant d’une dissolution du carbonate de calcium sous contrainte. Les carriers exploitent ces irrégularités car elles constituent des zones de fragilité utiles pour débiter les roches.
Différentes conditions sont réunies pour que se développe un modelé karstique sur ces formations calcaires (le mot de « karst » vient d’une région d’Istrie) :
-- les conditions lithologiques liée à la nature calcaire de la roche, peu dolomitique sur Labeaume (= peu chargée en carbonate de magnésium) ; le carbonate de calcium est soumis à dissolution par l’action des eaux de pluie chargées en gaz carbonique.
-- Les conditions structurales : la roche est intensément fracturée (nombreuses diaclases, quelques failles), ces nombreuses fissures permettent un libre passage des eaux qui exercent à leur niveau leur action dissolvante.
-- Les conditions biologiques liés au couvert végétal : les arbres enfoncent leurs racines dans les fissures et les élargissent au cours de leur croissance. D’autres plantes de petite taille créent en surface un sol avec production d’acides humiques qui complètent l’attaque de la roche ( photo 11 et 12).
Le karst du plateau de Labeaume, d’âge post-Oligocène, est installé sur le calcaire du Kimméridgien terminal, qui réunit les conditions favorables à l’installation de ce modelé : des calcaires dolomitisés déposés en bancs épais et un intense réseau de diaclases, ainsi qu’une fracturation importante NNE-SSO (failles cévenoles) et E-O (failles issues de la compression pyrénéenne).
Mais l’absence de grandes fractures en profondeur a limité la circulation de l’eau, d’où une karstification superficielle sur quelques dizaines de mètres et des formes souterraines pratiquement absentes dans ce secteur. On rencontre un autre karst de part et d’autre des gorges de l’Ardèche sur des terrains calcaires d’âge Crétacé avec d’importantes formes souterraines (avens, grottes, rivières souterraines).
Parmi les formes de relief observables en surface, on notera :
-- Les lapiez ou lapiaz sont des ciselures de tailles variables à la surface des roches dues à l’élargissement de fissures ; il peut aussi s’agir de cannelures de 1 cm de large, de rigoles plus larges, de nids de poule, cupules… dues à l’action d’eaux stagnantes ou d’acides humiques (photos 13, 14, 15, 16).
Les blocs sont plus ou moins déchiquetés, découpés de fentes qui s’élargissent en profondeur pour donner des couloirs larges et profonds, les « bioules » que les habitants d’autrefois ont exploités. (photos 17, 18, 19, 20). Les surfaces planes des bancs calcaires ont été utilisées comme impluvium pour diriger les eaux vers des citernes aménagées dans des bioules. ( photo 21).
-- Le plateau peut être jalonné de dépressions : les unes allongées sont des vallées sèches liées à l’infiltration d’eaux courantes de faible débit, les autres sont les dolines, dépressions de forme ovale, à contours parfois sinueux ; le fond est tapissé d’une argile de décalcification rougeâtre (contenant argiles et fer) résidu de la dissolution du calcaire. Cette terre permet l’installation de cultures (vignes, fruitiers…).
-- Les cours d’eau permanents comme la Beaume creusent des gorges ou vallées à flancs raides qui découpent le plateau (photos 22, 23, 24). C’est la résistance de la roche qui explique que l’essentiel de l’érosion se fasse verticalement. Elles se présentent comme une succession de parois abruptes, de surplombs. Certains de ces surplombs ont été autrefois utilisés pour aménager de petits espaces cultivés ou jardins suspendus qui constituent l’une des originalités du paysage de la commune (photos 25, 26, 27, 28).
Nicole LAUDAT
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